Secretos de Lucha |
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Secrets de combat |
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La dictature des années 70 en Uruguay, contrairement aux autres dictatures en Amérique Latine à la même époque, n’est pas issue d’un putsch ou d’un coup de force organisé par les militaires, mais c’est un pouvoir autoritaire mis en place petit à petit par un gouvernement civil. Gestido, président élu en 1967, meurt à la fin de la même année et est remplacé par son vice président Pacheco Areco. Celui-ci, conservateur, n’arrive pas à gérer la première crise socioéconomique grave du pays, due au déclin progressif des exportations de viande et de cuir, après la fin de la guerre de Corée. En 1968, des grèves de tous les syndicats réunis (professeurs, ouvriers, employés bancaires) bloquent complètement le pays, et l’état de siège est déclaré. La crise économique devient politique quand il apparaît que le gouvernement est incapable ou ne veut pas résoudre cette crise économique. Les médias parlent de corruption généralisée dans les partis traditionnels, et une guérilla, les Tupamaros, met à mal le gouvernement en publiant des interviews et des documents qui démontrent que l’intérêt privé semble passer bien avant l’intérêt public, des serviteurs de l’état. Le mouvement de libération nationale, mieux connu sous le nom de MLN Tupamaros (du nom de l’indien Tupac Amaru, écartelé par les Espagnols en mai 1781 à Cuzco, au Pérou, après s’être battu contre les colons pendant 4 ans) est créé lors du congrès de Parque del Plata, en janvier 1966. Son fondateur, Raul Sendic, est un ancien étudiant en droit, leader du parti socialiste uruguayen, prônant une action fondée sur les mouvements syndicaux. Il organise en particulier en 1962 des marches réunissant les coupeurs de canne à sucre du Nord du pays, pour réclamer des conditions de travail plus justes, et le droit à la terre pour le travailleur. Des balles policières répondent à ces marcheurs, et tuent une femme, en 1963. Sendic et quelques autres considèrent alors la nécessité de prendre les armes, et passent dans la clandestinité. Le mouvement ne compte à ses débuts pas plus de 50 membres, la moitié vivant à Montevideo, l’autre moitié dans l’intérieur du pays. Ses militants font partie pour la plupart d une classe moyenne jeune, radicale et éduquée, la plupart des étudiants ou des cols blancs. Influencée par des principes marxistes et la révolution cubaine, la stratégie des Tupamaros est la construction du socialisme d’abord en Uruguay puis dans le reste de l’Amérique Latine. Les premières actions visent à susciter la sympathie du public: braquage de fourgons de provisions et répartition de ces provisions dans la population défavorisée. Les directives du mouvement sur la nécessité absolue d’anonymat des membres exigent l’utilisation de noms de code, de compartimentation, de travail par colonnes, sur une structure pyramidale. Entre les mouvements guérilleros et les grèves qui bouleversent la société, le gouvernement Colorado en place n’est plus en contrôle de la situation. Le président Pacheco montre quelles seront les règles du jeu dès la première semaine de sa prise de pouvoir, en censurant deux journaux de gauche, Epoca et El Sol. Puis c’est la dissolution d’un certain nombre de partis de gauche (les anarchistes, l’action populaire et le parti socialiste.) Après la déclaration de l’état de siège en 1968, les premières mesures de prompte sécurité (medidas prontas de seguridad) sont adoptées en juin, donnant au président les quasi pleins pouvoirs pour gouverner par décrets, sans passer par le parlement. Dans les faits, cela se traduit par la suppression progressive des libertés individuelles (droits de réunions, de manifestations, censure de la presse, un contrôle de plus en plus étouffant des moindres activités humaines), et l'utilisation de la police puis des forces armées dans la lutte contre "la subversion".
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