Ce que je voulais faire de ce projet:
Un témoignage sur le vécu des populations latino-américaines pendant les années de dictature militaire, un éclairage sur les conséquences de cette période sur l’actualité de cette partie du monde, du point de vue d’une jeune fille française découvrant l’histoire et les engagements des membres de sa proche famille.
Huit frères et sœurs, nés en Uruguay de parents d’origine basque française. Dans les années 60, chacun occupe une position différente dans la société uruguayenne : femme au foyer, institutrice, fermier, éleveur, prêtre ouvrier, professeur, commerçant. A la ville ou à la campagne. Pour poursuivre leur idéal de justice sociale, et de liberté, quand ces principes commencent à être bafoués dans un Uruguay où l’écho des bottes des militaires commence à résonner, ils prennent position. Certains choisissent la lutte légale, par la voie syndicale et politique. D’autres préfèrent prendre les armes et l’action dans la clandestinité, au sein des Tupamaros. L’un des chefs de cette guérilla s’appelle Raoul Bidegain. Il n’a rien à voir avec cette famille. Pourtant, pour leurs engagements, ou parce qu’ils portent le même nom que Raoul, ce sont tous les frères et sœurs qui subissent la répression des militaires.
La prison, la torture, l’exil, le temps et la vie les séparent. Tous les huit n’ont jamais été rassemblé depuis la mort de leur mère, en 1968. Trois d’entre eux vivent désormais dans le Pays Basque de leurs ancêtres. Une vit entre l’Argentine et le Chili. Seul 4 demeurent toujours dans un Uruguay, qui connaît en 2002 la plus grave crise économique de son histoire. Des années de dictature, des engagements réels des uns et des autres, ils n’en ont quasiment jamais reparlé. Il y a tant de raisons pour ne pas le faire : la période de la dictature a été trop dure pour en parler si tôt, il ne fallait pas ouvrir de vieilles blessures, il fallait apprendre à pardonner, ça ne risquait d’intéresser personne, et même quinze ans après les faits, pour des questions de sécurité, mieux valait ne pas parler. Qui sait, si les militaires revenaient… En mars 2002, conscients que le temps passe et qu’ils ne sont plus très jeunes, les frères et sœurs organisent une rencontre en Uruguay. C’est la première fois qu’ils sont réunis tous les huit, après 34 ans. Et devant ma caméra, c'est la première fois qu'ils acceptent de commencer à raconter
Et ainsi naît Secretos de Lucha...
Pour en savoir plus sur les différentes étapes dans la fabrication du film, voir les pages carnet de bord (prochainement en ligne). |